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Le feuilleton du boulevard de Magenta Paris 2oo6.

Invités par le Département de l’art dans la ville, 12 artistes sont appelés à «célébrer» la transformation de ce grand axe en «espaces civilisés» : moins de voitures, des pistes cyclables et des couloirs de bus. L’exercice est délicat pour tous : pour la ville, cible de critiques en raison de son aménagement controversé ; pour Malte Martin, qui ne veut pas réduire son intervention à une forme célébrative. Mais où créer un espace de questionnement sur ce boulevard qui coupe le quartier en deux ? Son regard se porte sur un endroit anomique, près de la gare de l’Est, siège d’une soupe populaire le soir. Pendant trois mois, il y installe l’équivalent d’une énorme colonne Morris à 12 faces planes. Elles présentent chaque semaine une série de mots-affiches sur un mode dadaïste. Trois d’entre elles sont renouvelées, juxtaposant des textes de penseurs de la ville, des interpellations signées de Malte Martin, et des textes dictés par la population elle-même, en réaction aux travaux ou au dispositif. Une partie de l’affichage est donc pré-produite, l’autre partie est un garant de liberté artistique en laissant place au débat public (sur l’aménagement, l’organisation des transports boulevard Magenta et la vie sociale du quartier). Les étudiants médiateurs du projet, trop timides, vont vite s’effacer au profit des sans abris et exilés habitant sur la place, qui commentent et recueillent d’eux-mêmes les réactions des passants. Pour Malte Martin «tout prenait sens à partir de ce moment-là… L’artiste peut être le vecteur de l’irruption de la parole dans la cité pour provoquer des failles dans l’ordre dominant qui traite les dominés comme des êtres incapables de penser et de parler.»